On parle beaucoup d'échec scolaire, et c'est une réalité.
L'une des causes en est, cela est une évidence, l'absentéisme scolaire, mais loin d'en être la principale.
Les programmes surabondants et inadaptés, le saupoudrage au détriment de l'apprentissage de base et son approfondissement, les effectifs plétoriques dans certaines classes en sont bien d'autres.
Supprimer les allocs n'apportera aucune solution, pire, aggravera la situation.
Le numéro de "REFLETS" (magazine d'information municipale de Vaux le Pénil) de juin 2010 comporte un article à ce sujet(en page 7, "libre d'opinions") qui nous a interpellé.
Nous n'avons jamais commenté un article. Mais aujourd'hui notre association familiale laïque, qui regroupe sur Vaux le Pénil plus de 300 familles de tout bords et confessions, ne peut pas accepter que des élus municipaux, sous la plume de Clodi Pratola, se prononcent pour le retrait des allocations familiales à certaines familles à cause de l'absentéisme de leur(s) enfant(s, sans réagir.
Sur le terrain, nous tentons modestement, et pensons avec succès, de réconcilier des enfants avec l'école et l'envie d'apprendre. Notre action dans ce domaine a le soutien des enseignants, est reconnu par la CAF et d'autres instances administratives, sans parler du soutien moral et de la reconnaissance de bon nombre de gens et l'engouement des nombreux bénévoles qui s'investissent.
Certes, nous ne faisons pas l'unanimité, et quelques uns préfèrent crier "au loup !" plutot que de prendre le problème à bras le corps et surtout par le bon bout.
Voici un texte qui reflète notre position
Patice THEVENY, Président de Familles Laïques de aux le Pénil.
Le président de la République, apprenti sorcier de l’insécurité sociale veut supprimer les allocations familiales
aux familles d’enfants délinquants...
Nous ne le laisserons pas faire !
LES ALLOCS SONT UN DROIT !
Les familles qui ont des enfants délinquants n’auront plus droit aux allocations familiales !
Voici là une décision grave, lourde de sens décidé par le président de la République.
Il a besoin de faire reluire son blason bien terme depuis plusieurs mois...Pas de problème : il suffit qu’il reprenne son thème favori : la sécurité.
Cela lui permet à la fois de camper sur les terres du front national et à la fois répondre à l’attente d’une partie de son électorat.
Voici donc la double peine installée dans le paysage : les parents qui ont déjà de grandes difficultés pour assurer l’éducation de leurs enfants et ceci sans soutien, auront une partie de
leurs moyens de subsistance remis en cause !
Les associations éducatives qui défendent les droits de l’enfant montent au créneau contre cette décision inique. Il ne s’agit pas pour elles de nier que des violences inadmissible existent dans
certains établissements scolaires. D’ailleurs certaines d’entre elles ont déjà fait des propositions comme celles qui consistent à demander la création de postes de médiateurs dans les collèges
et lycées.
Il est faut de prétendre que les associations d’éducation populaire soient pour le "laisser faire" !
Les jeunes qui sont violents doivent être sanctionnés et l’instruction qui est un droit doit être assurée sur tout le territoire de la République !
Cette fermeté doit être accompagnée de moyens permettant que le droit soit respecté.
Comment prétendre enrayer la violence quand de nombreuses heures d’enseignement ne sont pas remplacées ?
Comment oser désigner les parents coupables quand on sait que de nombreuses familles vivent dans la pauvreté et qu’aucun accompagnement social et éducatif n’est assuré à tous ceux et à toutes
celles qui n’arrivent pas à faire face ?
Le communiqué de l’association familiale laïque : le CNAFAL resitue bien la probématique : 2 millions d’enfants sont en-dessous du seuil de pauvreté (chiffre 2008)
En 2001, l’INSEE avait révélé que parmi les personnes ne disposant pas de domicile personnel, il y avait 86000 enfants.
Plus récemment, le rapport de l’ONU indiquait que 44,3% des enfants de moins de 18 ans vivaient en-dessous du seuil de pauvreté dans les quartiers « politique de la ville ».
3,4 millions de personnes sont touchées par la précarité énergétique et récemment le médiateur de la République confiait que 15 millions de français étaient chaque mois à 50 ou 150 euros près
pour boucler le budget.
1 million de familles sont surendettées ; 1 million de personnes souffrent chroniquement du mal-logement (voir rapport de la fondation Abbé Pierre).
Depuis quelques années les pouvoirs publics ont tendance à mettre en accusation les parents pour leur carence éducative supposée à l’égard de leurs enfants et leur déresponsabilisation d’où la
suspension des allocations familiales.
Mais s’est-on interrogé sur les conditions de vie des familles populaires ?
· Une étude récente de l’INSEE publiée par la revue Economie et Statistique montre que ce sont les couples salariés les moins qualifiés, les moins bien payés, ceux qui ont un statut précaire qui
sont les plus désavantagés dans leurs horaires de travail ; les journées à horaires décalés et très désynchronisées sont sur représentées parmi les couples de salaires ouvriers, employés de
commerce et des services.
En 1999, un salarié sur cinq a des horaires irréguliers. La même étude montre aussi des journées de « sur travail » de plus de 10 heures. Au total ces deux situations concerneraient une
journée travaillée sur deux ! Et le travail le samedi et le dimanche se développe en même temps que la dérèglementation du code du travail !
Les journées désynchronisées avec le temps de vie de la famille et des rythmes scolaires, ébranlent la famille et génèrent les parcours scolaires chaotiques.
Une étude du CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale) de 2004 a corrélé l’échec scolaire et les retards scolaires à plusieurs facteurs :
La disponibilité (physique et intellectuelle) des parents
pour suivre la scolarité de leurs enfants
Le temps de présence des parents au côté de leurs
enfants
Le mal-logement et les conditions de vie dont les
privations
L’environnement familial conflictuel : le chômage est
aussi une des causes de rupture familiale
L’échelle des revenus comme élément discriminant
contribuant aux disparités dans la réussite scolaire
L’étude concluait que « les difficultés scolaires des enfants pauvres apparaissaient très tôt et se formaient dès le primaire ».
Déjà la loi de 2006 mettait en place un contrat de responsabilité parentale. La loi du 5 mars 2007 met en place des
mesures d’accompagnement social personnalisé (MASP)
Débloquons des moyens pour la prévention sociale en amont !
La Grande Bretagne a réussi le tour de force d’augmenter de 40% l’absentéisme scolaire depuis qu’elle a pénalisé financièrement les
parents voire même emprisonné. Est-ce cela que l’on veut ?
Ferdinand DELIGNY, le grand éducateur, ancien instituteur, écrivait il y a 50 ans dans son recueil « Graine de crapule » : « Une nation qui tolère les quartiers de taudis, les
égouts à ciel ouvert, les classes surpeuplées et qui ose châtier les jeunes délinquants, me fait penser à cette vieille ivrognesse qui vomissait sur ses gosses à longueur de semaines et giflait
le plus petit, par hasard un dimanche, parce qu’il avait bavé sur son tablier »"
Les "paroles" de Fernand Deligny n’ont pas pris une ride.
Aujourd’hui, il y a une urgence sociale, éducative et politique, c’est d’organiser des états généraux sur :
EDUCATION- LUTTE CONTRE L’EXCLUSION afin que militants de l’enfance, parents, enseignants et décideurs réfléchissent ensemble à despistes de transformation sociale pour enrayer ce double fléau
qu’est la violence et la pauvreté.
Ne se préoccuper que de la violence c’est en revenir à la chasse à l’enfant, à la répression, en ignorant la désespérance de nombreuses familles démunies !
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